"Parsifal est le genre d'opéra qui commence à six heures. Après
trois heures vous regardez votre montre, et il est six heures vingt "
a écrit David Randolph qui connaît la musique puisqu'il est chef
d'orchestre. Perso, je ne me suis jamais ennuyé quand j'ai assisté à
Parsifal à l'opéra, ce qui doit bien représenter... un petit nombre de
représentations; certes moins que de versions que je possède (ou
qui me possèdent), mais dont aucune ne m'a jamais ennuyé, si certaines m'ont moins plu.
Et encore, l'ennui dans Parsifal, quand on aime, on peut le frôler, le
pressentir un peu, mais le ressentir vraiment, jamais... Juste un
soupçon, un zest, de même que d'après Édouard H. "la politique, c'est comme l'andouillette, ça doit sentir un peu la merde mais pas trop", Parsifal, c'est comme la Recherche, ça doit sentir un peu l'ennui (sacré) mais pas trop.
historique
Écrit de 1877 à 1882 (achevé le 13 janvier, 1 an et 1 mois avant la
mort à Venise de Wagner), Parsifal était en projet puis en gestation
depuis au moins 20 ans, peut-être même depuis 1845... Lohengrin, en 1847, nomme clairement le Graal et son père : "Mein Vater Parzival trägt seine Krone". Gabriel
Bernard écrit qu'en 1849 à Dresde Wagner avait parlé de son projet
d'opéra "Jésus de Nazareth", l'ancêtre de Parsifal, au révolutionnaire
nihiliste russe Bakounine qui le reçut comme on peut l'imaginer.
La première
représentation eut lieu à Bayreuth le 26 juillet 1882 sous la direction
de Hermann Levi. D'abord réservée
à Bayreuth et
dans le domaine public seulement depuis 1913, l'œuvre a d'abord été jouée
en représentations privées à Munich en 1884 et 1885 à la demande de Louis II et contre la volonté de Wagner (plus ou moins, on ne refuse rien à son
protecteur). En 1903 à
New York, après procès gagné par le Met, Parsifal a été monté (et
montré...) sur scène, avec, œuf corse, des représentations publiques. Et ce contre la volonté des exécuteurs
testamentaires de Wagner qui n'avaient autorisé auparavant Parsifal
qu'en version de concert, en extraits ou en intégralité, notamment à
Londres, Paris, Milan et New York.
synopsis
Complètement déjanté, commis l'été 2001 en Bretagne, ivre de chouchen
et de Parsifal, des fragments délirants, un vrai tissu de parsiflages,
consultables si l'on désire vraiment... ici et nulle part ailleurs
(vous êtes prévenus, purs innocents).
Au plus court
1er acte Parsifal ne
sait pas, ne voit pas, ne comprend pas, n'interroge pas, ne secourt
pas, ne pleure pas, ne rit pas. Kundry rit, ne réussit pas à secourir,
ne peut pas pleurer.
2ème acte
Parsifal reçoit un baiser et refuse de baiser. Kundry donne un baiser
et essaie de baiser.
3ème acte
Enfin de l'action, Parsifal se fait laver les pieds et la figure et
donne un coup de lance symbolique. Kundry lave, pleure, meurt.
le fond
Attention,
à peine plus sérieux que ça...
Mélange du mythe du juif
errant devenue la juive errante et du mythe du Graal enrichi de la
lance, manque plus que quelques morceaux de la vraie croix et quelques
os de saint ou de chèvre pour établir à Montsalvat le lieu de
pèlerinage des siècles et des siècles pour les papistes, comme Bayreuth
l'est pour les wagnériens… Parsifal est le premier opéra végétarien
(les chevaliers sont nourris par le Graal, puis quand il est en panne
de roi, au 3ème acte, d'herbes et de racines), c'est aussi le premier
opéra inspiré par Chrétien de Troyes et Schopenhauer, le premier opéra
bouddhiste zen. C'est l'opéra de l'abstinence, de la non action, du non
fait, de la non faute, du non dit, et ceux qui ont enfanté
(Herzeleide), fauté (Amfortas) ou simplement ri (Kundry) ont
sérieusement morflé… Non action : celle de Parsi au premier acte (OK,
il tue un cygne, mais ça vaut pas) qui ne comprend rien à rien et
n'agit donc pas, ce qui lui vaut d'être chassé... Non faute : au
deuxième, le même Parsifal ne succombe pas à la tentation de la
sexualité avec les mauvaises plantes ou avec la suprême tentatrice. Non
dit : au troisième notre pur innocent ne dit rien à Gurnemanz qui pense
même à un vœu de silence.
la
forme
Parsifal voit un
retour plus fréquent à la rime, une moindre utilisation du Stabreim (allitération et
assonances). L'écriture en est jugée maladroite, de compréhension
difficile (cf. le fameux traduit Rédemption au Rédempteur), notamment
dans le programme du TNOP 2003.
La musique fait moins systématiquement
appel au Leitmotiv (une trentaine seulement), les tempi sont lents (langsam, sehr langsam
und langsamer sind dans un bateau) pas d'air à applaudir, d'ailleurs
applaudissements non désirés à la fin des deux premiers actes, le Maître pour se gausser a dit qu'après
l'orchestre invisible il aurait voulu des chanteurs invisibles, il y a
d'ailleurs réussi partiellement avec les voix d'enfant (aus
unsichtbarer Höhe) et l'Altstimme...
Tu trouveras une discographie partielle (limitée à mes CD à moi, les
préférés, c'est à dire les seuls que j'ai écoutés...) de l'œuvre,
à compléter ultérieurement. Pour l'amateur sérieux,
on trouvera sur la Toile des discographies autrement plus exhaustives,
plus sérieuses, plus documentées, plus mieux quoi. Mais ma mienne à moi
que j'ai, je l'aime bien et n'y tiens aucun argument de valeur
relative, quand j'aime une œuvre, j'aime toutes ses versions. Même les
plus mauvaises ? Presque, du moins si elles sont sincères.
Références
biblio-discographiques : voir ici
Petite bibliothèque wagnérienne