Hommage à Wagner
À l'heure où sous l'aurore, hymne vague d'éveil
Où les flûtes de Tout modulent leurs murmures,
L'âme des violons, sourdant sous les ramures,
Humainement soupire et monte du sommeil.
Soudain, étourdissant le prélude vermeil,
Un cor de guerre ulule, et sous les forêts mûres
La horde des héros dardant l'or des armures
Déferle en cavalcade aux hourras du soleil :
Lohengrin, Tannhæuser, et Parsifal le Chaste,
Dont les pennons de pourpre ondulent avec faste,
Chevauchent aux clameurs de cymbales d'airain !
Ils vont : et quand s'endort la splendeur de leurs glaives
Un chœur de harpes sur le seul rythme serein
Remémore l'horreur de l'Idéal des rêves.
Stuart Merrill

Hommage
Le
silence déjà funèbre d'une moire
Dispose plus qu'un pli seul sur le mobilier
Que doit un tassement du principal pilier
Précipiter avec le manque de mémoire.
Notre
si vieil ébat triomphal du grimoire,
Hiéroglyphes dont s'exalte le millier
À
propager de l'aile un frisson familier !
Enfouissez-le moi plutôt dans une armoire.
Du
souriant fracas originel haï
Entre elles de clartés maîtresses a jailli
Jusque vers un parvis né pour leur simulacre,
Trompettes
tout haut d'or pâmé sur les vélins,
Le dieu Richard Wagner irradiant un sacre
Mal tu par l'encre même en sanglots sibyllins.